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J’ai cinq ans. Abrité sous le vaste parasol bleu à franges blanches de ma grand-mère Solange, je me délecte déjà de cet endroit qui fleure bon le goudron calfatant les chalands. Des cris d’enfants heureux fusent de toutes part. Certains font des barrages, d’autres creusent des trous.

J’enjambe avec souplesse les troncs de pins coupés qui faisaient alors office de perré tout au long de la plage du Bétey.

Je cours le long du chenal serti des mêmes protections où se cachaient les crabes et mes pieds s’enfoncent dans le sable où nulle vase ne vient souiller mes jambes.

Je patauge dans les chaudes baïnes où quelques mules égarés me chatouillent les orteils.

Je respire à pleins poumons cet air vivifiant chargé de sel et des embruns du large. Au loin, l’océan gronde mais ici, loin de tout danger je me baigne dans cette eau qui me porte et que je bois parfois… comme on déguste une huître.

Derrière moi, une théorie de cabanes ostréicoles délivrent dans l’air leur senteur  poivrée de coquillages et de tout se qui se ramasse sur le ventre du bassin.

Une brise légère de Juillet porte des messages iodés emplis d’espérance et de joie. J’ai faim, heureusement ma Grand-mère a tout prévu.

Aujourd’hui, j’ai soixante deux ans. Je suis assis sur la plage du Bétey et je crois bien que je pleure ce paradis perdu.

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